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Création de la rivière Saint
Maurice
Comme
il était coutume depuis des centaines et des centaines
d'années, les Indiens plus âgés, sentant la fin de leurs
jours, allaient s'isoler au loin dans les bois.
Désirant mourir en paix, c'est ce que fit Moowis,
guerrier et chasseur Atikamekw. Parti dès l'aube, il
traversa le lac et s'installa paisiblement sur l'autre
rive. Le soir venu, juste avant de glisser dans son
éternel sommeil, son oreille de chasseur fut attirée par
un bruit familier. Ouvrant les yeux, il vit une bande de
loups affamés qui attendaient que son feu se consume
pour l'attaquer. Incapable d'admettre que ces bêtes
féroces s'attaquent à son corps avant que son esprit
l'ait quitté, il invoqua le puissant Windigo.
«
Redonne-moi ma vigueur de vingt ans et tu feras de moi
ce que tu voudras! » demanda-t-il.
« Bien,
tourne la pointe de ton canot vers le soleil levant et
pagaie à travers les terres qui s'ouvriront pour te
laisser passer. Lorsque tu atteindras le fleuve aux
grandes eaux, alors, tu mourras. »
Le
vieillard fut immédiatement habité d'une force nouvelle.
Avec sa rame seulement, il réussit à tuer deux loups et
à faire fuir le reste de la meute. Comme l'avait dit le Windigo, il monta dans son canot et avironna vers le
sud. Les eaux du grand lac se déversant dans son sillon,
il glissa sur terre de vals en vallons et de vallées en
plaines, contournant les montagnes et les escarpements.
La terre s'ouvrait devant lui en créant des gorges et
des ravins, l'indispensable lit de cette nouvelle
rivière.
Pendant
deux lunes, Moowis voyagea ainsi. Voulant prolonger sa
vie, il serpenta un peu à la vue du fleuve aux grandes
eaux. Son canot chavira et disparut lorsqu'il toucha son
but.
Ceci
explique en partie la configuration de la rivière
Saint-Maurice. La sagesse du Windigo était grande car on
dit que cette rivière fut pour les Indiens du nord d'un
très grand secours. Par contre tous les Blancs qui sont
morts en essayant de l'apprivoiser appartiennent au Windigo. Comme Moowis, ils travaillent sans relâche dans
le monde des esprits au bien-être des peuples
amérindiens.
Extrait de Contes cornus légendes fourchues, de Bryan
Perro.
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